Taxis Passion : L'histoire du taxi parisien

Administré par Horizon Etudiant

Le Taxi suscite l’imaginaire artistique et fantasmagorique… Spectateur d’un monde qui roule et se déroule autour de lui…
Cavalier solitaire, cow-boy des temps modernes, le chauffeur mène sa monture dans le Far West urbain en évitant la crevaison !
Le Taxi reflète la société et celle-ci se reflète dans son rétroviseur ! Le Taxi reflète La Société et celle-ci se reflète dans son rétroviseur !

Renault Monasix 25 août 1931 rue de Rivoli


Ce site est consacré aux voitures françaises taxis. Il vous permettra de voyager dans l’histoire de l’automobile mais aussi dans le temps et l’enfance aux travers de multiples modèles réduits de taxis.
Il se compose de IV parties :

-I : Les Origines
-II : les années 1900-1939
-III : les années 1946-1969
-IV : les années 1970-2000

Bon voyage……et bonne course…


I - Les Origines 

L’histoire du taxi est par « essence » liée à l’automobile mais l’origine du taxi remonte au fiacre (voiture hippomobile) et plus loin encore aux chaises à porteurs.
La naissance de l’automobile coïncide avec l’essor de l’ère industrielle de la fin du 19éme siècle. A cette époque il y a un foisonnement d’idées, de technologies nouvelles, de perspective différentes et dans ce bouillonnement technique mais aussi social le monde du taxi s’esquisse petit à petit, embryonnaire, voire incertain de son avenir…
Les premiers taxis sont électriques, (le pétrole étant relégué au second plan !), on croise donc des « fiacres électriques » à Paris en 1898.

Cela va changer à partir de 1900, l’électricité ne s’avère pas rentable (officiellement) et l’on se tourne alors vers le pétrole.
Beaucoup d’industriels en herbe s’intéressent alors à cette énergie pour leurs moteurs …


II - Les années 1900-1939

Le taxi n’est plus une simple attraction, il permet de se déplacer plus rapidement avec plus de confort, de modernité, et il commence à représenter pour les investisseurs un nouveau domaine de rentabilité . De 300 « autotax » en 1906 ils passent à 1070 en1907 !! Le taxi va jouer un rôle de premier plan dans le développement de l’automobile.
Les banques investissent, (par le biais de compagnie comme la G7, la G2Kermina Métropole, la G3 etc.…) en achetant des automobiles pour faire le taxi. Cela permet aux constructeurs (tel Renault) de faire de considérables bénéfices et d’accroître leurs entreprises, d’embaucher, d’améliorer les techniques automobiles, les moteurs, le freinage. Car la voiture ne s’est réellement démocratisée qu’après la seconde guerre, auparavant elle était beaucoup trop chère et l’on ne pouvait pas compter sur le marché populaire pour rentabiliser ce secteur industriel.
Sans le taxi l’industrie de l’automobile n’aurait pas progressé aussi rapidement, la preuve en est du nombre incalculable de marques automobiles(françaises) lançant des modèles taxis pour s’accaparer le marché des compagnies et cela dans le monde entier : Unic, Bayard Clément, Renault, de Dion-Bouton, Mendelssohn, Prunel,Sorex, Simplex, Jeanteaud, Brouhot, Darracq, Chenard et Walcker, Brasier, Pax, Panhard, Ours, Berliet, Peugeot, Hurtu, Prima, Delahaye etc.….D’autres lanceront directement leur compagnie comme Les Taxis Citroën.
C’est Renault qui vend le mieux ses taxis (Louis avait le sens commercial), il doit en grande partie son essor économique à ses ventes d’AG1 aux compagnies parisiennes.
A partir de 1910, on peut s’apercevoir que le Taxi fait partie du paysage urbain. Il côtoie encore les fiacres et même si son avenir n’est pas remis en cause, le taxi coûte cher pour le client comme pour la société car trop de charges sont inhérentes aux véhicules (pneumatiques, entretien, et bien sur l’achat etc..). C’est donc le chauffeur qui fait les frais de ces problèmes de rentabilité (ça n’a pas changé depuis !)Il a désormais à sa charge le carburant, une baisse du pourcentage sur les recettes, et dans certains cas il doit même reverser ses pourboires. Tous ces abus mèneront à la grande grève de 1911, grève inutile qui ne changera rien !!
Le Renault AG1, plus connu sous le nom de Taxi de la Marne, dont 1200 furent envoyés au front, est un 2 cyl.50kms/h max, crée en 1905.D’autres marques françaises ont également acheminé les troupes, (ex : taxi Peugeot type 118,10 HP).
Ce véhicule est adopté par les compagnies de taxis naissantes, dont la « compagnie française des automobiles de places »qui deviendra la G7 (fondée par la banque Mirabaud).En 1913 ils représentent à eux seuls 85% des 10000 taxis parisiens. Après la mobilisation il en circule à peu près 3000 dans Paris.

Oubliés des commémorations de la Grande guerre 14-18, on ne rend plus hommage à ces fameux Taxis de la Marne qui acheminèrent les troupes sur le front (+de 5000 soldats). Ils permettent l’arrêt de la progression des armées allemandes vers Paris et marquent ainsi un tournant décisif dans cette guerre, le dernier survivant de ces chauffeurs fut Kléber Berrier

Après la guerre 14-18 et les Taxis de la Marne, le monde du taxi va se structurer progressivement avec l’utilisation plus sérieuse des compteurs apparus dès 1903 et de l’application de tarifs différents selon les destinations. Les voitures sont également mieux adaptées à la profession avec des châssis renforcés, des habitacles plus confortables. Les chauffeurs passent des examens de conduite au sein de leurs compagnies, le taxi commence à devenir un métier avec un vrai savoir-faire.
LE COMPTEUR détermine le prix de la course en fonction du temps d’occupation et de la distance parcourue grâce à un système d’horlogerie et de capteurs reliés aux roues.
Il est resté pendant très longtemps placé a l’extérieur du véhicule avec le chauffeur et ce dans tous les pays d’Europe.
Au début du 20éme siècle, un drapeau de couleur présent sur le compteur indiquait le montant de la prise en charge. Cela pouvait varier du simple au double vu que les tarifs étaient libres et fixés par les sociétés. De plus, clients et chauffeurs marchandaient le prix.Une réglementation s’appliquera plus ou moins à partir de 1910.
Généralement, sur le côté gauche, le chauffeur pouvait actionner le compteur soit en abaissant le levier pour démarrer le prix de la course, soit en le relevant pour l’arrêter et indiquer qu’il se trouvait de nouveau LIBRE. En conduite intérieure lorsque le compteur se situera sur l’aile droite, le chauffeur l’actionnera grâce à une manette placée sur le tableau de bord…
Il pouvait également être en BERNE, le « libre » était recouvert d’une gaine opaque pour indiquer que le taxi n’était pas en service. A partir de 1903 le « Taxamèter » se transforme en Taximètre puis en Taxi. On le doit à Mr Kratz-Boussac.

Des lanternes sur les cotés indiquent l’immatriculation du taxi et la ville de la compagnie. À l’époque les hts de Seine avaient pour immatriculation le « G » et le chiffre 
« 7 »….
Les années 20 sont marquées par l’arrivée de Citroën sur le marché du taxi, il va donner un « coup de fouet » à cette industrie et bien sur à celle de l’automobile. 
Ses voitures sont plus modernes, on s’éloigne de l’influence des fiacres (dans le design), la B2 en est l’exemple. Avec les B12 et B14

en conduite intérieure les chauffeurs ne sont plus soumis aux intempéries, les moteurs sont de plus en plus performants. Seuls les constructeurs déjà affirmés financièrement et infra-structurellement pourront suivre Citroën dans « sa marche en avant ». Au début des années 30 il émerge déjà les marques que nous connaissons encore aujourd’hui : Renault, Peugeot, Citroën mais aussi Panhard. 
Citroën possède une des plus grandes compagnies de taxis la « SOCIETE DES TAXIS CITROËN ».
A Paris, on compte 2500 taxis Citroën pour 12500 Taxis en 1930.

Les taxis français s’exportent très bien et il n’est pas rare de les voir en majorité un peu partout dans le monde. UNIC fut Leader en Grande-Bretagne pendant très longtemps et ce bien avant les blacks cabs Austin ! Un peu partout en Europe, aux USA les taxis français sont grandement représentés, (et jusque de nos jours). On en trouve même en Russie !

Dans les années 20 et 30 des services d’embauche sont crées dans les compagnies. Les chauffeurs sont choisis avec soin pour leur aptitude à la conduite, ils passent des examens spéciaux,une signalétique est mise en place pour améliorer la conduite urbaine et éviter les accidents.Ils portent des tenues correctes et des uniformes, on s’éloigne encore un peu plus des cochers pour se professionnaliser. De plus, les clients peuvent faire part de leurs doléances à une commission disciplinaire de la compagnie (ancêtre de notre commission actuelle de la préfecture) mais pas toujours très équitable( même de nos jours ) car le client a raison même quand il a tort ! 
Passé dans le langage courant le mot Chauffeur qui signifie conducteur, à pour origine le simple fait qu’il fallait faire chauffer le moteur un certain temps avant de pouvoir utiliser le véhicule. Pendant très longtemps, pour les moteurs Diesel notamment, il était impératif de laisser chauffer le moteur pour ne pas le détériorer, d’où l’appellation de chauffeur de taxi. 
Mais au début du siècle, lorsque se croisaient encore véhicules hippomobiles et premiers taxis, évidemment le mot chauffeur n’existait pas et le conducteur était dénommé : mécanicien, automédon, taxi cocher…
Officiellement les taxis sont qualifiés de chauffeur de place de 2éme classe. Cette appellation est toujours valable en l’an 2000.On pouvait encore la lire sur les permis taxi en 1998.Les chauffeurs de place de 1ére classe conduisent un véhicule exempté de toute signalisation publique. Ces chauffeurs s’apparente plus à des chauffeurs particulier ou de maître. 
Il y eu également des femmes « chauffeuses », de nos jours on en rencontre de plus en plus,elles sont bien courageuses car c’est une profession difficile et ces Dames forcent le respect !
En 1933 sort le modèle Renault G7 devenu légendaire pour sa longévité, c’est le KZ 11 Vivaquatre, dernier survivant dans les années 50 de cet esprit fiacre. Les fiacres qui étaient surélevés, obligeaient à « monter en voiture » grâce au marche pieds.
Marche pieds que l’on retrouve sur tous les véhicules automobiles d’avant la seconde guerre mondiale. Depuis, s’ils ont disparu, nous avons gardé l’expression remise au goût du jour avec les 4/4s tout-terrain !

Vers le milieu des années 30 Peugeot s’intéresse de plus en plus aux taxis. Si les grandes marques ont leurs propres compagnies pour assurer leur vente et faire la publicité de leur véhicule au travers de « la vitrine taxi » (Renault possède la G7 depuis 1927 et Citroën sa compagnie du même nom), Peugeot, lui, mise avec intelligence sur les artisans pour accroître ses ventes et imposer une image de solidité mécanique.
Le métier étant peu rentable toutes les économies réalisées sur les véhicules sont bonnes. Peugeot l’a compris et propose de façon très avant -gardiste un moteur diesel sur la 4o2 dès 1938, la guerre empêchera son développement immédiat mais ce ne sera que partie remise. 
Dès 1935 Peugeot proposait avec sa 4o1 des modèles très robustes, équipés en version taxi du chauffage et de la TSF, et à des prix sur devis très compétitifs contribuant ainsi à l’amélioration de la profession. Comme nous l’avons dit, les artisans ne seront pas insensibles à ces arguments et la firme Sochalienne se taillera la part du « Lion » en France et dans de nombreux autres pays comme leader des taxis et ce aujourd’hui encore! L’image du taxi est utilisée pour démontrer la robustesse des moteurs.
Une forte représentation d’une marque automobile dans le parc des taxis lui assure une très bonne image auprès de sa clientèle, les constructeurs ont aujourd’hui tendance à l’oublier…surtout à l’étranger.

Dès 1934 les chauffeurs doivent signaler leur heure de fin de service par une plaque à chiffres se situant soit sous le compteur, soit sur le côté d’une aile. De nos jours cet horodateur se situe à l’arrière du taxi. 
La condition de chauffeur n’est pas très enviable. Les artisans tirent un peu mieux leur épingle du jeu, mais les employés des petites et grandes compagnies ont souvent des salaires de misère. Beaucoup font des heures épouvantables. Ils peuvent aller jusqu’à 18 heures/jour car il n’y a pas vraiment de réglementation sur le nombre de taxis, l’offre étant trop forte par rapport à la demande. Le chômage montant des années 30 n’arrangera rien car beaucoup de chômeurs se tourneront vers le taxi pour survivre… !
L’employé des compagnies touche parfois des primes de non-accident ou de bonne- recette….
Certains touchent un pourcentage sur la recette, d’autres louent le taxi mais ils doivent ramener la voiture sous 24h. Tous ont le carburant à leur charge, le loueur paye l’assurance et l’entretien ainsi que les droits d’exercer (autorisation préfectorale, droit de stationnement, droit de charge etc.…)
Les veuves d’artisans peuvent louer à un tiers le taxi de leur défunt pour s’assurer un petit pécule afin de subsister aux charges familiales.

La montée de la crise en Europe accroît les difficultés économiques et sociales, le monde du taxi n’en est pas épargné. En 1936 et 1937 des accords sont signés pour améliorer les conditions de travail et réglementer l’industrie du taxi : journée de travail limitée à 10h pour les employés et 11h pour les artisans, un fixe plus 25% de la recette,1 jour de repos par semaine,15 jours de congés par an, redéfinition des tarifs de jour et de nuit(à partir de 17h).Un décret réglemente officiellement le nombre de taxis à Paris en 1938 , soit 14000 au lieu des 32000 du début des années 30, mais le statut de locataire, défini de façon très floue, ne considère toujours pas le chauffeur comme un salarié. Ce statut sera la base de nombreuses revendications, aujourd’hui encore. 
Toutes ces avancées sont due en grande partie à l’action d’un syndicat très fort et d’un esprit de corporation issu du « syndicat des cochers-chauffeurs », un des premiers syndicats fondé en France en 1884 .Digne héritier de cette richesse historique et culturelle, le syndicat des artisans taxis, qui est toujours très actif. L’artisanat devient majoritaire avec 56% des taxis vers 1935. On peut dire que les années 30 marquent l’avènement du Métier Taxi et des chauffeurs russes, chassés de leur pays à cause de la révolution.
N’oublions pas que le taxi joue aussi un rôle d’intégration pour les plus démunis financièrement et relationnellement comme le sont souvent les immigrés.
La Traction évoque à son seul nom une révolution dans le monde de l’automobile, car jusqu’en 1933 toutes les voitures étaient à propulsion. Grâce à André Lefèvre et André Citroën, le premier étant l’ingénieur du second, la 7A,première traction est fabriquée en grande série à partir de 1934.Techniquement la traction se traduit par l’emplacement à l’avant du système de transmission et non plus aux roues arrière ( propulsion). A la fois directrices et donc motrices, les roues avant assurent une meilleures tenue de route et donc plus de sécurité. Citroën lui offrira le moteur 15CV 6cyl et fera de ce véhicule une voiture rapide, confortable et sure, une véritable légende !
Elle sera déclinée en berline, familiale, cabriolet. Les deux premières versions intéresseront grandement les chauffeurs de taxi, surtout après guerre.


III - Les années : 1946-1969

Après la guerre l’activité économique redémarre progressivement, il ne reste que 100 taxis à Paris en 1945 ! Le marché noir se développe avec les taxis clandestins (déjà…). Durant ces années les taxis qui ont la chance de travailler ne manquent pas de clients. Progressivement le ravitaillement en essence se normalise, on la trouve désormais en vente libre, les pièces de rechange et autres pneumatiques se font moins rares. On dénombre 8500 taxis en 1948.
Les G7 reprennent du service, une visite médicale obligatoire est instaurée, le monde du taxi va changer…

Désormais ce n’est plus des « voitures de tourisme » que l’on modifie à l’usage taxi mais des taxis adaptés à des « voitures de tourisme ».
Après les Renault KZ il n’y aura plus de taxi typique, à la conception spécifique intérieure et extérieure (confort passager, design carrosserie, peinture etc.…) en vue de cet usage. Ce sont généralement des voitures de séries toutes marques confondues qui vont finalement développer une identité taxi avec une véritable âme. Cette diversité de modèles contribue au charme des taxis français et parisiens, loin de la monotonie des blacks Cab et autres Yellow cab.
Renault tentera d’imposer sa Colorale dans la lignée conceptuelle du KZ mais sans succès, le monde change vite et elle appartient déjà à une autre époque, son moteur est vraiment dépassé….

Les années 50 sont marquées par les Panhard Dyna 54, Dyna Z, PL17, que de nombreuses compagnies vont adopter pour son économie de carburant, son faible coût d’entretien et sa robustesse.

Désormais on pourra croiser ces belles Panhard dans les 57 banlieues qui entourent la capitale et qui « s’ouvrent » au taxi parisien par arrêté préfectoral de 1946.
Le lumineux Taxi (enseigne sur le toit) n’apparaît qu’en1953. Les taxis se distinguent aussi par une peinture bicolore dont la plus célèbre est celle de la G7 : NOIRE et Rouge, celle de la ville de Paris Rouge et Bleue, mais l’on trouve aussi la Jaune et NOIRE, Verte et OR, Marron et Crème etc.…. Bien sur le « Taxamèter » signale également un véhicule taxi.
De nos jours encore et dans de nombreux pays, Espagne, Egypte etc. …les taxis sont souvent bicolores. 
Dès 1948 l’automobile française subit une influence américaine dans le design et l’esthétique mais avec des gabarits plus adaptés à nos routes et à nos charmantes rues. Cela donnera donc des voitures typées mais qui garderont leur âme française comme la Peugeot 2o3 inspirée de la Lincoln Zéphyr. La version commerciale de la 2o3 se révèlera très pratique et très robuste.
Les immenses 504 et 505 breaks en seront les dignes et vastes héritières.

En 1950 on fixe officiellement le nombre de taxi à 11000.5 ans plus tard ce nombre sera amené à 12500 taxis à Paris. 
Les constructeurs américains tentèrent de conquérir le marché français après la guerre avec la succursale de Ford France. Parmi les modèles lancés par cette firme il y eu la très spacieuse Ford Vedette et son V8.

En 1955 Grâce au rachat de Ford, Simca se modernise, s’agrandit et hérite d’une nouvelle ligne de carrosserie tel Chambord, Versailles, 

Beaulieu, dignes des belles américaines .Quelques années plus tard, en 1958 en fusionnant avec Chrysler, Simca se rapprochera encore un peu plus des américains. C’est à cette époque que Mr Pigozzi (PDG de Simca) rachète la G7 et inonde les rues de Paris de ses Simca Ariane.

Ce constructeur assurera un service spécial d’entretien rapide dans ces concessions pour tous les chauffeurs ayant acheté une Simca. Argument commercial indéniable qui assurera le succès de l’Aronde puis de la 1500.

Faire le « Taxi de nuit » demande beaucoup de force de caractère et de confiance en soi. Le taxi est plongé dans le monde de la nuit, dans le « côté obscur » ou tous les excès sont permis et ne se voient pas…..La nuit, les ondes sont différentes ,les ombres sont différentes. Le chauffeur doit les traverser jusqu’au petit matin sans se laisser distraire par tous ces visages qu’il croise, et qui se dissipent comme des mirages aux aurores…….
Trêve de poésie, le monde de la nuit est bien sur dangereux, et beaucoup d’agressions sont de plus en plus à craindre dans les années 60. Certains chauffeurs ont aménagé une vitre de séparation, qui à l’origine se trouve dans la conception même des taxis. L’univers du chauffeur est coupé de celui de ses clients, (pour un meilleur confort du client ou du chauffeur ?).
Dans les années 70 La vitre de séparation n’est plus adaptée au métier et aux voitures, car le plus souvent le même véhicule sert de taxi et de voiture particulière. Certains chauffeurs, peut-être plus sensibles à la solitude pendant le travail, prendront un chien, berger allemand le plus souvent. Véritable compagnon de route mais aussi confident, il est toujours attentif à la défense de son maître !

Toujours soucieux de faire des économies, les chauffeurs s’intéressent au tout nouveau moteur Diesel de la 4o3.Peugeot confie en 1959 des modèles de préséries à des chauffeurs de taxis de la société GAT pour les éprouver, comme il l’avait fait sur la 4o2.C’est le début d’une grande histoire. La 403 BDA sera la première voiture française Diesel produite en série. Son moteur est le 4cyl Indénor de 1816cm de 48ch.

La DS est présentée au salon de l’automobile de 1955 au Grand Palais à Paris. Elle fascine le public et la presse par son esthétique hors du commun pour l’époque, en forme de soucoupe volante. Son aspect futuriste favorise l’aérodynamisme, elle marque un grand bond en avant techniquement en apportant des freins à disques de série, la fameuse suspension hydropneumatique qui lui assure un confort et une tenue de route plus qu’exceptionnelle, une planche de bord au design très moderne…..Son moteur prendra au dépourvu de nombreux garagistes car lui aussi apporte des techniques nouvelles pour l’époque.
Rappelons que pour les versions breaks, seules les ID disposèrent de cette carrosserie.
Bien sur au fur et à mesure de sa carrière longue de 20 ans, la DS subira quelques petits changements au niveau motorisation avec la DS 21, et au niveau finition et carrosserie avec les fameux 4 phares à l’avant dont 2 directionnels !

Les derniers cochers disparaîtront à Paris en 1965. Ils en restaient une Dizaine dans les années 60. Les taxis ont pris la relève…
Une version taxi de la 2ch est proposée. Elle sera refusée par le service des mines car incompatible à l’usage de la profession (peut-être en raison de son toit en toile et de son image…peu prestigieuse). 

Depuis la fin du KZ, Renault est moins présent dans le parc des taxis. La dauphine eut un certains succès fin 50-début 60 mais elle s’avère peu pratique à l’usage. Il y eu pourtant des accords commerciaux avec la Régie et les USA pour exporter des dauphines. 

Certaines furent utilisées comme « taxi Cab ».

Épisode dramatique dans l’histoire de France, la guerre d’Algérie, qui a meurtri beaucoup de famille …
En 1962-63 des licences gratuites sont distribuées pour les « rapatriés ».Le taxi représentera pour eux un tremplin social et économique inespéré en ces temps difficiles. Le Taxi est souvent leur seul attache à la France voire parfois leur seul logis ! 
Mais avant l’indépendance des colonies françaises de nombreuses compagnies de taxis étaient présentent en Algérie, au Maroc, en Tunisie etc.…Des véhicules de petites tailles étaient alors pressenties pour ces marchés lointains…par soucis d’économie ?
On croise dans les rues d’Alger, de Casablanca, ou de Tunis des 4cv, des Simca 1000. « Mini taxis » très sympathiques
(presque avant-gardiste quand on pense à notre circulation infernale !) ou le côté pratique et rapide du transport est privilégié au confort. On en verra peu à Paris pour les mêmes raisons que la 2cv.Ces véhicules ne peuvent représenter le prestige de la capitale française…
Le taxi représente sa ville tant par le chauffeur que par le véhicule. Pour cette raison son service doit être impeccable mais pour ça il faudrait qu’il gagne bien sa vie. Ce que les taxis apportent est inestimable pour l’image d’une ville à l’étranger et pour la vie économique de la ville. Les autorités ne semblent pas l’avoir vraiment compris, dommage ! Pourtant en général plus on représente un intérêt financier plus on est rémunéré…les taxis font là aussi exception ! ! !

La rentabilité est loin d’être excellente. La voiture s’étant démocratisée (la 4ch peut être considérée comme la première voiture populaire), elle devient un véritable phénomène de consommation. Le taxi perd une certaine clientèle mais se profil déjà à l’aube des années 1960 une autre clientèle…celle des « Bornes d’appels » et des « Radio-taxi ».
Les premiers standards radio sont crées dès 1956. De nos jours, les courses radio font partie intégrante de l’industrie taxi. Beaucoup de standards appartiennent aux compagnies. Les bornes d’appels apparues fin des années 50 permettent également d’améliorer la rentabilité et le service aux clients.
En 1962 le compteur doit être placé à l’intérieur du véhicule. Les chauffeurs doivent être titulaire d’un certificat de capacité (examen oral devant jury sur l’aptitude à composer de bons itinéraires et épreuve de conduite), et avoir la majorité.
Le taxi doit être estampillé par le service des mines.
La plaque de stationnement (n°du taxi) doit être vissée sur l’aile avant droite (elle représente les premières immatriculations parisiennes).
Le lumineux taxi doit être placé à l’avant du toit et bien au centre.
Un minimum de 5 ans d’activité au sein d’une compagnie est obligatoire avant de prétendre à l’artisanat !!
Le client, depuis 1960, peut demander au chauffeur un « bulletin de voiture » pour se faire rembourser.
Les taxis peuvent emprunter les couloirs de bus. 
Beaucoup de ces réglementations découlent des lois de 1937 et sont encore valables en 2000, même si des décrets et des amendements les ont adaptées à leur temps.

Le diesel prend une part de plus en plus importante dans l’industrie du taxi. Comme nous l’avons vu précédemment les années 60 consacreront Peugeot sur le marché du diesel d’abord avec la 4o3 puis dès 63-64 avec la 4o4. Ce modèle sera le véritable fer de lance des chauffeurs de ces années 60.Pratique, économique et surtout très robuste, elle nous charme de son design italiano « américain » avec les lignes tendues de ses ailerons arrières. On la trouve encore comme « TAKSI » dans de nombreux pays… 

Peugeot sera aussi très innovant avec sa 204 break diesel proposé dès 1967.
A partir de 1964 le lumineux taxi doit indiquer les tarifs appliquer lors de la course.
Il y a 2 tarifs « A »de couleur blanche et « B »de couleur orange. A pour le tarif de jour dans Paris et B pour le tarif en banlieue et à Paris la nuit.
C’est à cette même époque que l’administration autorise les chauffeurs artisans à céder leur autorisation moyennant finance en présentant un successeur. Tout n’est pas aussi clair et de rebondissements juridiques en revendications syndicales actives il faudra attendre le début des années 70 pour officialiser la cession des licences, enfin ! Auparavant la préfecture de police attribuait une licence « gratuitement » que le chauffeur-artisan rendait quand il cessait la profession.

Sortie en 1965, la Renault 16 inove avec le concept de voitures à haillon.

La fin des années 60 est marquée par les évènements de mai 68 et les diverses revendications sociales. Les tarifs stagnent depuis des années et l’application des règlements demande à être revu, en fonction de l’évolution de la société. 
On autorise enfin les chauffeurs à prendre une pause durant leur journée de travail (merci).
Les prix sont revus à la hausse, le doublage est autorisé .On appelle « doublage » un véhicule taxi qui travaille avec deux chauffeurs, un de jour et un de nuit.
Mesure très importante la détaxe sur le carburant est accordée, cela soulagera un peu les artisans de tout leurs autres frais.
Fin 69 le monde du taxi est de plus en plus structuré, il se redéfini dans l’économie. Il tend à devenir un « objet » de consommation courante, accessible à tous… Il se profil tel que nous le connaissons aujourd’hui. Faire le « taxi » est devenue une profession à part entière. L’artisanat lui donne ses valeurs, le chauffeur devient un vrai commerçant, mais malheureusement l’administration ne suit pas (ce qui est toujours le cas en 2000 ! ! !).


IV - Les années : 1970-2000

Le début des années 70 est marqué par une économique saine. La croissance est là, le chômage est quasi absent.
Les femmes se sont émancipées et travaillent dans de multiples professions. Le monde change et celui du taxi aussi. 
Le secteur tertiaire se développe de plus en plus. Les bureaux se multiplient et la clientèle taxi en est représentative : hommes d’affaires, employés, secrétaires…Le monde s’ouvre aux commerce internationale, on assiste en quelque sorte aux prémisse de la mondialisation de l’économie. Le taxi va jouer son rôle.
Une voiture va marquer les années 70 de sa ligne de coffre brisé : c’est la 5o4.
Nous avions quitté les années 60 en 4o4 nous continuerons notre course dans l’histoire du taxi avec Peugeot. Véritable symbole des taxis dans le monde entier, la 5o4 est présente sur tous les continents. Son moteur Diesel Indénor de 2112cm de 65ch ronronne même après des centaines de milliers de kilomètres…

Si Peugeot domine le parc des taxis avec la 504 gld, Renault propose en 1970 la R12.Berline influencée par le design de la 5o4 elle n’aura pas le même succès auprès des taxis. Cependant elle fera le bonheur des chauffeurs turques et roumains où elle sera vendu jusqu’en 1999 sous licences DACCIA.

La voiture est devenue un objet de consommation bien définit. Durant les années 70 se dessine les lignes directrices du marché de l’automobile tel que nous les connaissons aujourd’hui.
Les constructeurs déclinent leurs modèles pour les adapter à « chaque bourse ». De l’employé, aux cadres en passant par le patron personne n’est oublié. Les nouveaux marchés féminin et des jeunes conducteurs ne sont pas oubliés. C’est l’époque de la deuxième voiture, d’un gabarit de carrosserie plus petite.
En 1972 Renault sort la R5.Elle est l’exemple de ce nouveau marché. La 1o4 Peugeot suivra et sera la plus petite berline du monde.
Si en France ces petits modèles ne sont pas autorisés par les services des mines taxi on pourra les croiser à l’étranger (Portugal, Italie, pays d’Afrique…).

Parmi les véhicules refusé par les mines il y a eu comme nous l’avons dit la 2cv (cf. III partie) mais aussi la R4 ou la R6 en 1969.De conception trop petite, elles sont aller faire le taxi à l’étranger. Certains pays étant moins scrupuleux sur le standing de la profession comme l’Amérique du Sud ou l’Afrique.

En 1973 les chauffeurs obtiennent enfin le droit de vendre leur licence. Celles qui seront distribué gratuitement à partir de cette date auront le lumineux taxi de couleur jaune et non rouge.
Dans ce contexte de commerce mondial, la clientèle s’internationalise. L’aéroport de Roissy ouvre ses pistes en 1974.
La ceinture de sécurité devient obligatoire ainsi que le rétroviseur extérieur. Depuis longtemps les chauffeurs de taxis fixaient des rétroviseurs sur leur voiture pour améliorer leur conduite et bien sur la sécurité routière.
La circulation s’accroît considérablement tout au long des années 70. Les conditions de travail des chauffeurs sont polluées par ce trafic. Le nombre de courses diminue par rapport aux années 50-60.Le temps d’occupation d’un taxi par le client augmente et le temps de vacances entre chaque client augmente aussi. C’est la conséquence directe d’une trop grande circulation.
La guerre de Kippour en 73 marque le début des crises pétrolières en Europe. La seconde crise aura lieu en 1976. L’économie est frappée de plein fouet et seul les constructeurs qui s’adaptent peuvent survivre.
Citroën dirigé par Michelin ne supportera pas la crise de 73. La CX qui est une grosse berline ne correspond pas du tout à la politique générale axée sur l’économie de carburant.La CX est la dernière vraie Citroën techniquement et idéologiquement.
Elle ne va donc pas trouver sa place sur le marché. Elle va précipiter Citroën à la banqueroute (la GS Birotor n’y étant pas pour rien) 

Les versions Diesels et surtout Turbo Diesel sous la direction de Peugeot, qui reprend la marque en 1974, relanceront la CX jusque dans les années 90.Elle aura donc fait une belle carrière….chez les taxis aussi :

La Société entière passe sur la banquette arrière d’un taxi. De la prostituée à la ministre, le chauffeur est au contact de nombreuses dimensions humaines et professionnelles Il joue parfois le rôle de confident furtif….le client se confiant plus facilement à une personne qu’il ne reverra sans doute jamais. Le taxi est un confessionnal ambulant.
La 6o4 Peugeot aura le même destin que la Cx. En raison des crises pétrolières ses ventes ne décolleront jamais. En revanche avec l’arrivée du moteur turbo diesel en 1979 la 604 intéressera les taxis :

Durant les années 70 les gens sortent plus facilement le soir pour aller au théâtre, au cinéma, danser etc.….Le taxi de nuit gagne mieux sa vie que son collègue de la journée. La clientèle de nuit est moins stressée et donc plus généreuse. Les quartiers comme Pigalle témoigne encore d’un Paris vivant et non d’un « attrape touriste » .Un esprit de liberté, libertin, de fête et de plaisir existe encore. De plus la circulation étant plus fluide les courses s’enchaînent plus facilement. Aujourd’hui en raison du réaménagement de temps de travail (35h, les gens partent en week-end plus souvent), de l’évolution des loisirs (Jeux vidéos, DVD, TV) et des mœurs (cocooning, MST) mais aussi et surtout du chômage (manque d’argent, métier précaire) la clientèle de nuit a beaucoup chutée.
Simca fusionne avec Chrysler en 1970. De cette union sortiront des modèles intéressant avec la Simca Chrysler 180 en 1971 et 1308 en 1975 .Les versions diesel ne seront pas dépourvu d’intérêt en France comme à l’étranger. Mais ces années sonnent comme le chant du cygne de la marque Simca. Même si la 1100 se vend très bien la gestion économique plus que maladroite en raison des crises pétrolière précipitera en 1978 la marque à l’hirondelle dans les bras de Peugeot.

Le développement des quartiers comme la Défense au début des années 80 apporte une nouvelle clientèle pour les taxis de jours et les Radio-taxis, celle d’hommes d’affaires internationaux. La défense est constituée par les quartiers de trois communes différentes : Nanterre Puteaux, Courbevoie. Elle devient un pôle économique de plus en plus important au cours des années 90/2000. Sans doute qu’un jour La Défense sera une commune indépendante des Hts de Seine ou le XXIéme arrondissement de Paris. La vie économique y est très riche en journée mais la nuit il n’y a plus vraiment d’activité. Pourtant il existe un nombre considérable de logements et d’habitations particulières…Cela illustre bien notre propos sur l’évolution de la « clientèle » taxi.

Dès 1975 Renault propose des modèles plus modernes et plus confortables avec la R20 et R30.Ces 2 voitures recentre Renault autour du concept de berline à haillon inauguré par la très avant-gardiste R16 en 1965.Tout comme la R16 ces modèles s’avèrent très pratique pour la profession mais les moteurs diesel ne sont pas très fiable comparé à Peugeot et Mercedes. L’évolution des moteurs vers le turbo diesel dans les années 80 avec la collaboration de Peugeot et Volvo relancera Renault sur le marché du taxi avec les R18, R9, R11….

Au début des années 80 les pares chocs en inox et les chromes sont de plus en plus remplacés par le polyester et le plastique. La sécurité active et passive est de plus en plus importante pour les constructeurs .Le confort de conduite est étudié avec soins.
Pour exercer au mieux leur métier des aménagements spécifiques sont proposé pour les chauffeurs de taxis.
Ces aménagements inclus généralement une boîte de vitesse automatique, des alternateurs renforcés pour l’équipement électrique, un intérieur cuir ou plus souvent skaï. Dans les années 90 se rajouteront les vitres électriques, des tapis de sol, et bien sur la climatisation. Mais ces aménagements reviennent cher et intéresseront peu les taxis dans les années 70/80.

On fixe à 14000 le nombre de taxis à Paris en 1980.Depuis quelques années la demande s’en était faîte ressentir .Les recettes s’en ressentiront également !
En 1983 le lumineux taxi change. Désormais on compte 3 tarifs à paris : A, B et C. Le tarif « C » s’applique en banlieue à partir de 19heure.Désormais les tarifs seront réinitialisés à chaque début d’années en fonction de l’inflation.
En 1985 la G7 passe commande de Peugeot 505 pour renouveler sa flotte .Ce modèle est sorti en 1979, toujours très économique et très robuste il va assurer la relève de la 504.On pourra en croiser dans Paris jusqu’en 1998…
IL est à noter que pour des raisons économiques de nombreuses compagnies tel la G7 et beaucoup d’artisans achèteront leur voiture en blanc. Peut-être que le blanc deviendra la couleur officielle des taxis parisiens au XXIème siècle.

Il se dégage « quelque chose d’étrange » dans l’univers du taxi.
Pendant un instant un individu (client) rentre dans la vie dans un autre homme (chauffeur).IL se crée une promiscuité bien trompeuse car tous les artifices de la représentations sociales entre alors en jeu. Chacun reste dans son rôle, dans son monde. « L’étrangeté » du taxi naît de cette ambiguïté. Deux individus si proches et qui reste hélas si éloignés. On prend un taxi et on le jette. C’est un objet de consommation ce qui est normal. Le chauffeur devient de fait un objet de consommation ce qui est plus problématique !
Le côté psychologique est très important dans ce « quelque chose d’étrange » que suscite le taxi. Le client est à la fois l’esclave inconscient et le maître conscient d’un inconnu (chauffeur). On peut dire qu’il se laisse « porter par l’inconnue »en se laissant conduire. Mais en même temps il est le maître de cet inconnu. Le client a donc un pouvoir sur sa peur inconsciente, ce qui est très perverse et subtil.
Le chauffeur de son côté ne dirige plus sa vie. Il est livré à la volonté de l’autre. Il appartient à tout le monde contre de l’argent. Il y à une symbolique de la prostitution. Une prostitution psychologique représenté par le chauffeur et corporelle représenté par la voiture. Le chauffeur est l’esclave conscient d’un inconnu. Mais il détient le chemin, la vie de son maître (client) « enfermé » dans sa voiture. Il est donc le maître inconscient de son client.
Ce rapport Esclave/maître est à la base de nombres de théorie et philosophie sur la condition humaine et sur notre système (Hegel). 
La ville étant alors une allégorie de Babylone…
Pour conclure il faut rajouté que la solitude du taxi face à la ville en mouvement nourrit l’inconscient collectif et l’imaginaire, en bien ou en mal. Toute la journée ou toute la nuit le taxi est seul face aux multiples facettes de l’humanité et qui sont en quelques sortes les siennes. De la plus obscure à la plus radieuse il « tourne le dos » à la nature humaine pour garder le cap vers un but finalement inconnu.
L’image consciente du taxi est un repère pour la société. Elle représente le bas de l’échelle sociale, une certaine marginalité. Les exemples ne manquent pas dans la culture générale, la littérature, les arts etc.…. Cela rassure les gens et les intellectuels d’avoir une représentation de ce qu’est la bêtise. Je cite Hervé Michaux : « Le jour où les autos penseront les Rolls-Royce se poseront plus de questions que les taxis ».Ce à quoi je répondrai : « le jour où les autos penseront les Rolls-Royce seront des taxis. ».
L’image inconsciemment du taxi symbolise un héros, une aspiration universelle. Celle de ne pas se laisser manger par la ville (le système) mais de l’utiliser, tout en gardant son identité (son âme), et son but : celui de survivre. 
Le chauffeur est en contact direct avec les clients .Ces derniers laisse leur empreinte dans le taxi.
Le fait que la voiture particulière sert aussi pour le métier symbolise une « transgression » de la vie privée. Il n’y a pas de distinction bien établie. Si le client joue son rôle (en général à merveille) le chauffeur, lui, peut avoir du mal à jouer le sien. Inconsciemment il est chez lui. Il n’y a donc pas de représentation social et donc pas de rôle.
Dans ces conditions on en vient à regretter le temps des anciens taxis avec séparation. Il ne faut pas oublier qu’à cette époque les chauffeurs étaient souvent des employés et que cela correspondait à ce « rôle ».
De nos jours et depuis les années 80/90 non seulement l’artisanat est de plus en plus important mais le niveau intellectuel et culturel des chauffeurs a changé. On trouve parmi les taxis de nombreux diplômés, de cadres et d’intellectuels. Il est très difficile alors d’être confronté à l’image peu valorisante du « chauffeur de taxi ». Assumer son rôle demande alors beaucoup d’énergie,de volonté ou avoir un cœur de pierre. Ce n’est pas l’idéal pour exercer au mieux sa profession.
Il faut donc revaloriser le métier en n’en faisant une profession bien distincte de la vie privée et des valeurs personnelles.
Soit permettre à l’artisan de s’assumer et d’être fier de son statut de patron en ayant de très bons revenus. Il pourra alors posséder une luxueuse voiture se série afin de proposer un service de qualité irréprochable. 
Soit d’instaurer un véhicule à usage spécifique taxi (dans le concept des black cabs londoniens), en permettant aux chauffeurs d’acheter un véhicule pour leur usage personnel. Il y a donc distinction entre vie privée et vie professionnelle pour un meilleur confort à tous les niveaux : psychologique, financier, du service et une meilleure qualité de vie.
Le taxi Renault Espace présenté en 1985 répondait à ces critères. Il arborait les couleurs et l’emblème de la ville de Paris. L’aménagement intérieur était conçu pour le confort des clients avec Tv et téléphone. Une vitre de séparation renforçait ce concept de taxi professionnel. Malheureusement il ne pouvait pas séduire les chauffeurs car il était trop cher et a fortiori il serait devenu la voiture particulière. Pourquoi imposer à sa famille une « roulotte multicolore » ?
A la même époque une version modifiée de la Citroën BX fut proposée. Elle ne connaîtra pas le succès pour les mêmes raisons que l’Espace. A noter que la Bx roulait au gaz pour éviter la pollution !!

Citroën ne marquera pas les années 80/90 par l’esthétisme de ces voitures. Durant ces années la marque aux chevrons est un peu le parent pauvre de chez Peugeot. Il faut attendre la fin des années 90 pour voir des modèles intéressant sortir des bureaux d’études. Cependant la Bx quoique discrète chez les taxis parisiens intéressera les taxis étrangers d’Espagne ou d’Italie. Les versions turbo diesel s’avèreront robuste et le véhicule pratique.

Les voitures berlines à haillon ont la côte. Après la R11 Renault sort en 1984 la R25. Peugeot sort la 309 en 1985. Le design des voiture devient de plus en plus arrondi.